Drôle de question tant la réponse semble évidente. un bon spiritueux est un spiritueux qu’on aime, qu’on a plaisir à déguster, et vers lequel on revient.
Nous connaissons tous des gens viscéralement attachés à une marque de whisky ou de rhum et qui n’en changeraient pour rien au monde. Après tout, c’est très bien comme ça; Les goûts et les couleurs…chacun a ses préférences.
Mais pour nous, professionnels des spiritueux, les choses ne se présentent pas comme ça. Tout d’abord, dans beaucoup de cas, le premier contact se fait par la bouteille donc par le design. On a parfois tendance à l’oublier mais l’histoire commence par une forme, un graphisme, qui racontent une histoire. Toutes les grandes marques de spiritueux ont des designs iconiques et immédiatement identifiables, toutes ont une histoire, un style, un ton, inséparable de l’expérience de dégustation proprement dite. Même quand une bouteille standard est utilisée il y a toujours un élément graphique distinctif qui intrigue et séduit le consommateur, et par cet élément il y a une promesse d’expérience gustative plaisante.
Puis intervient la dégustation proprement dite ; oeil, nez, bouche, les sens sont en éveil pour apprécier, analyser le breuvage. Mais l’essentiel est ailleurs. Le spiritueux doit continuer a raconter l’histoire démarrée par la bouteille, il doit tenir ses promesses, et pour cela, il doit faire preuve de caractère.
Un bon spiritueux se reconnaît dès le parfum, on devrait le reconnaître à l’aveugle, il doit affirmer, dès que le bouchon saute, sa personnalité distinctive. il doit presque exagérer son identité pour qu’on soit bien sûr d’être en terrain familier. Il faut avant tout une signature olfactive et gustative.
Ensuite, le spiritueux doit être évolutif, comme un parfum. Note de tête, note de coeur, note de fond. On parlera peut-être plus volontiers d’attaque, de coeur et de longueur en bouche mais c’est à peu près la même chose.
Un bon spiritueux exprime puissamment sa personnalité, mais celle-ci évolue au fil de la dégustation pour passer progressivement des notes les plus volatiles aux plus profondes, en gardant toujours son identité, comme un visage qui changerait d’expressions ou comme des variations musicales sur un même thème.
On en revient à l’art. L’émotion, car c’est avant tout de cela qu’il s’agit, vient de la découverte progressive d’une histoire, des facettes d’un personnage que l’on aura ensuite un plaisir constant à redécouvrir.
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